par Sr Marie Alphonse Riboni
C’est Le Seigneur qui a l’initiative, comme le dit Jésus à ses disciples avant sa Passion (Jn 15,16), mais Il nous laisse libres d’accepter ou non. Un très bel exemple est le dialogue de Marie avec l’ange et la magnifique conclusion de Marie : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). En latin : « Ecce ancilla Domini : fiat mihi secundum verbum tuum ».
Remarquez le « qu’il m’advienne ». « Fiat » en latin. Nous pouvons dire que c’est une forme passive, dans le sens que Marie se remet entre les Mains d’un Autre qui va conduire sa vie.
Et nous la suivons. Nous acceptons de rentrer dans un projet plus grand qu’aucun des nôtres et d’en faire partie. C’est cela être servante du Seigneur. C’est à la fois passionnant et déroutant car, comme le dit Isaïe : « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies, et mes pensées au-dessus de vos pensées » (Is 55, 9). Donc, ce n’est pas étonnant que nous ne comprenions pas toujours tout !
Rentrer dans un projet plus grand qu’aucun des nôtres
Je vais peut-être vous choquer mais, lorsque j’ai répondu à l’appel (j’avais 18 ans), à la fois je savais que « c’était ça » mais j’étais ignorante de bien des choses dont aussi les réalités de la foi – ma théologie n’allait vraiment pas loin.
Au bout de quelques mois, j’ai dit à la sœur qui m’accompagnait de plus près : « Je crois que je n’ai pas ce qu’il faut pour une vie comme celle-ci ». Elle m’a encouragée en me disant que ça allait se développer… et 42 ans après, je constate qu’elle avait raison !
Au fil des ans, je suis devenue familière avec les Écritures, en connaissant des passages par cœur, et souvent en les chantant (c’est plus facile !), pour découvrir, petit à petit, « le caractère de Dieu ».
Apprendre à vivre au niveau de la foi
Marie m’a guidée sur ce chemin, mais ce n’est pas si étonnant. De par son Immaculée Conception, Marie n’est jamais distraite, détournée, divertie de la Présence de Dieu en Elle. Elle est toujours en relation intense avec la Source de son être. Ce qui est loin d’être le cas pour moi !
C’est pour cela que, personnellement, je ne peux m’approcher de ce Lieu (La Source) qu’à travers Elle. Ça veut dire concrètement que l’Ave Maria structure ma vie de prière. Elle connait bien le chemin de La Source, je L’ai choisie comme guide… si ce n’est pas plutôt Elle qui a pris les devants !
Celle qui conservait toutes ces paroles/événements, les méditant dans son cœur (Lc 2, 19 et 51), qui ruminait ces paroles, si l’on peut dire, peut nous apprendre à les garder à notre tour, non comme un trésor fermé, mais pour déchiffrer les messages que Le Seigneur nous adresse tout au long de notre vie, quelquefois très douloureux, et comprendre comment les Ecritures s’accomplissent pour nous. En d’autres termes, apprendre à vivre au niveau de la foi.
Nous savons tous aussi l’intimité de Marie et de l’Esprit Saint : « L’Esprit Saint viendra sur toi » (Lc 1, 35). Prier la Mère de Dieu, Lui être intimes, forcément nous rendra plus dociles à l’Esprit, plus sensibles à Son Souffle, à Ses impulsions et, j’espère, à accueillir le don de la contemplation.
Je me rends toujours plus compte de ce que Dieu fait pour moi
Petit à petit, jour après jour, j’apprends à goûter combien Le Seigneur est excellent (Ps 34,9). Ce que l’on pourrait appeler un ‘sens intérieur’ s’affine et je deviens plus sensible (jamais assez) aux réalités du monde de Dieu. D’une certaine manière, l’appel s’approfondit et, si je peux dire, je le découvre de plus en plus : voilà ce que Dieu attend de moi. Et dans le même temps je me rends toujours plus compte de ce que Dieu fait pour moi. Mon chemin spirituel va passer du ‘faire’ au ‘me laisser faire’ : je rejoins la forme passive du fiat.